Quelques faits dépaysants sur le Japon

Quelques faits dépaysants sur le Japon

10 juin 2019

"L'expérience de l'étranger", avec ses constats de dépaysement et d'altérité, est depuis des siècles un thème récurrent, notamment dans le registre des écrits de voyage. Inévitablement, le genre véhicule son lot de poncifs innombrables et de lieux communs érigés en découvertes. Or, dans ce domaine, le Japon moderne semble constituer un terrain de premier choix. A l'égard de ce pays, en effet, cette forme de littérature n'a cessé de gagner en volume au cours des dernières décennies. Elle pullule aujourd'hui, à travers livres et périodiques comme sous la forme de très nombreux journaux personnels en ligne.

C'est que le premier réflexe d'un regard "exotisant" consiste à emphatiser des aspects singuliers de toute évidence, en oubliant dans la foulée les points communs essentiels qui constituent pourtant un préalable indispensable à une telle vision mythique. En d'autres termes, si le Japon contemporain nous frappe si aisément dans ses différences, c'est d'abord parce qu'aujourd'hui ce pays, de par son évolution depuis quelque cent cinquante ans, est à de nombreux égards le plus proche de nous parmi tous ceux de son aire culturelle.

Pour autant, il reste vrai qu'un séjour sur place amène naturellement le visiteur étranger à un certain nombre d'observations souvent inédites à ses yeux.

Des spécialites culinaires pour le moins dépaysantes

Sans surprise, les habitudes culinaires forment un premier contexte à découvertes. En voici quelques ingrédients peu ou prou inattendus, mais de consommation courante.

  Quelques faits dépaysants sur le Japon  

Le nattô, graines de soja brunies par une longue fermentation, est célèbre pour son odeur prononcée et son apparence filandreuse, et divise les consommateurs japonais eux-mêmes. A bien des égards, il peut être rapproché de certaines de nos variétés de fromages coulants, basés sur un principe de fermentation similaire.

Le gobô, ou bardane, est une fine racine marron à la saveur terreuse et à la texture distinctives. Il est cuisiné au Japon comme un légume, coupé en lamelles, râpé ou mariné dans du vinaigre.

Le konnyaku est une gelée solide confectionnée à partir de la racine ou du tubercule de la plante appelée "langue du démon". De texture spongieuse, ce produit de transformation n'a strictement aucune saveur propre. Son existence comme ses origines forment comme une énigme.

Au chapitre des saveurs inusitées, on pourrait également citer l'oursin de mer (uni) consommé cru en sushi, ou le haricot rouge(azuki), principal ingrédient des mets sucrés traditionnels, comme dans la plupart des pays d'Asie.

Voir notre article sur Les produits fermentés japonais

Une gestuelle propre au Japonais

  Quelques faits dépaysants sur le Japon  

Dans le domaine gestuel, certains réflexes semblent s'imposer presque inconsciemment. Il en va ainsi du "V" de la victoire (pose de la main dite aussi "peace sign" : index et majeur relevés, les autres doigts repliés) d'occurrence quasi systématique sur les portraits photographiques locaux, ou encore des courbettes de salut lors de discussions téléphoniques (à l'attention d'un interlocuteur invisible).

D'autres mouvements sont plus délibérés, comme l'entraînement à la frappe de golf sur les quais du métro (généralement à l'aide d'un parapluie de modèle léger en vinyle) pour les hommes d'âge mûr, ou la pratique du baseball improvisé (toujours à l'aide des mêmes parapluies en guise de battes) pour les plus jeunes. Côté féminin, la pratique intensive du maquillage en public (et en particulier dans le métro), batteries d'accessoires à l'appui, détone dans un pays où, par exemple, le simple fait de boire ou de manger dans les transports en commun est généralement mal vu.

Le métro offre aussi bien d'autres spectacles édifiants, de la course effrénée des passagers s'engouffrant affolés dans les rames pour se jeter sur une place assise aux dépens de leurs voisins, au "syndrome de sécurité" qui gagne alors les heureux élus, et peut voir des wagons entiers saisis d'une torpeur salvatrice (parfois feinte). A noter que ce phénomène d'assoupissement s'avère contagieux à la longue.

Les réflexes de langage propres au japonais, des compliments de pure forme aux tournures d'excuse rythmant tout échange verbal, forment un (vaste) sujet à part entière. Citons juste un exemple élémentaire de tic langagier né d'une situation de communication neuve : la question "ima doko ?" ("tu es où, là ?"), qui ouvre par défaut la plupart des conversations par téléphone portable. Le même réflexe tend d'ailleurs à se généraliser en ces mêmes termes dans tous les pays qui suivent le Japon dans son actuelle course à l'abyme technologique.

Tous ces exemples sont à prendre comme des "clichés" au sens premier du terme, à savoir des "images instantanées", prises sur le vif, qu'il serait erroné d'ériger en constats d'une quelconque valeur générale. Ici comme ailleurs, le cliché comme "idée préconçue" ne saurait être ni vrai ni faux, puisqu'il repose précisément sur l'absence de délimitation d'un quelconque cadre de validité. La nécessité d'en revenir inlassablement à des données contextuelles n'en ressort que plus essentielle pour remédier aux tentations d'un exotisme aveugle.

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